mardi 6 octobre 2015

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Saint Père, chers amis,

La lecture de Jérémie, chapitre vingt-deux verset trois, nous donne un message tout à fait applicable à l'objectif de nos délibérations synodales sur la famille. Le prophète Jérémie y prononce des oracles à la famille royale de Juda. Il met en garde le Roi contre la ruine qui va s'abattre sur le royaume, si le Roi ne rend pas la justice. A cette époque les rois de Juda étaient Josias et Jojakim. Nous savons que les deux étaient pareillement faibles. Nabuchodonosor, Roi de Babylone, détruisit le royaume de Juda et le temple. En raison de l'échec des rois, le peuple a été poussé à l'exil et toutes sortes de souffrances en découlèrent. La justice signifie l'acceptation du règne de Dieu. La justice est la grâce de Dieu résultant de l'acceptation du règne de Dieu. Les rois de Juda ont failli à leur responsabilité, le peuple en subit les conséquences.

Les paroles du prophète sont applicables aux dirigeants de tous les temps, ainsi qu'aux peuples régis par eux. Dans de nombreux pays du monde, les gens sont privés de justice, à cause de la promotion de l'individualisme et de l'hédonisme, en vertu de préceptes laïques. La question se pose de savoir si les dirigeants de l'Église se présentent avec un rôle prophétique comme celui de Jérémie, et soutiennent le peuple par la Parole de Dieu et par le témoignage personnel.

Jérémie a dû payer le prix de son rôle prophétique. Sa vie était un symbole du message qu'il a donné. La souffrance et la ruine, il a dû les prendre sur lui. Il lui a été demandé d'accepter trois signes dans sa vie : ne pas se marier, de ne pas assister à des funérailles et de ne pas participer à des fêtes.

Ne pas prendre femme : Jérémie ne fera pas l'expérience de l'amour profond d'une jeune mariée, car la mariée, Israël, a rejeté l'amour de Dieu. Il doit être seul, comme Dieu est seul. Au temps chrétiens, le célibat devient un signe.

Ne pas entrer dans une maison où l'on est en deuil : Jérémie ne montrera pas de compassion pour les morts, parce que Dieu n'a plus de sentiment pour son peuple. Ils mourront sans regret.

Ne pas entrer dans une maison où il y a une fête : Jérémie ne participera à aucune célébration, parce qu'il n'y a rien à célébrer.

Jérémie est appelé à mener une vie horrible. Il n'est donc pas étonnant qu'il tombe dans une profonde mélancolie et se lamente amèrement. Il n'est pas facile d'être un prophète.

Les pasteurs de l'Église des temps présents sont appelés à prendre sur eux le rôle prophétique de la souffrance et de la kénose, comme Jérémie. Les paroles du Saint-Père François dans Evangelii Gaudium prennent ici tout leur sens.

« Je préfère une Église meurtrie, blessée et salie parce qu'elle a traîné dans les rues, plutôt qu'une Église malsaine à force de se renfermer et de s'accrocher à son confort. Je ne veut pas d'une Église qui ne se préoccupe que d'être au centre d'une toile d'obsessions et de procédures. Si quelque chose doit à juste titre nous déranger, nous et nos consciences, c'est le fait que tant de nos frères et sœurs vivent sans la force, la lumière et la consolation nés de l'amitié de Jésus, sans une communauté de foi pour les soutenir, sans signification ni but dans leurs vies. Mon espoir est que nous soyons mus par la crainte, moins de s'égarer que de rester enfermés dans des structures qui nous donnent un faux sentiment de sécurité, dans des règles qui nous font juges sévères, dans des habitudes qui nous rassurent, tandis qu'à notre porte les gens sont affamés et que Jésus ne cesse de nous dire : DONNEZ-LEUR QUELQUE CHOSE A MANGER. »


Homélie prononcée ce jour par le Cardinal Alencherry (Inde)
source La Santa Sede

  

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