jeudi 21 janvier 2016

La Dordogne en toutes lettres

Si d’aventure un pillard voulait faire une morsure
Au pays aquitain, nous tiendrons sûrement la clé
Pour fermer le portillon et mettre ce vaurien
Hors du Périgord, terre élue de Dieu !
 

Édouard Ier, Roi d’Angleterre (1239 † 1307)




La Dore prend sa source au sommet du Massif Central. Un peu plus bas, elle conflue avec la Dogne et elles deviennent ensemble la Dordogne. Mais les linguistes assurent que contrairement aux apparences, son nom vient du celtique Dur Onna, qui a donné, au fil du temps, Doronia, Dorononia, Dornonia, Dordonia… 

La Dordogne arrose entre autres la Bourboule, Labessette, Madic et quitte l’Auvergne à Chalvignac. En Corrèze où elle conflue avec la rivière du même nom, elle longe Bord-les-Orgues et Argentat. Elle traverse le Lot, et passé Souillac, elle pénètre les calcaires tendres du territoire qui prit son nom à la Révolution.

Le Périgord est un charmant pays. La Dordogne y sculpte des falaises hardiment bombées et truffées de petits coins. Elle y creuse des rapides que seuls les drakkars pouvaient remonter, au Moyen âge. C’est pour se garder de leurs attaques que la ville de Sarlat s’est prudemment construite sur le coteau. Elle a su depuis éviter d’autres saccages et demeure dans son jus. On y tourne régulièrement des films d’époque.

Aux Eyzies, on déniche sur les rives de la Dordogne des bifaces, des pointes de flèches et des perles d’os. Dans les grottes tout autour, il y a moult gibier qui sarabande sur les parois. Et quand on voit dehors la nature, on comprend pourquoi. On ne manque de rien ici. Les petites Périgourdes, elles disent que quand elles seront grandes, elles seront « femme préhistorique ».

À Limeuil la Dordogne conflue avec la Vézère qui est aussi trouble qu’elle est limpide. On peut suivre exactement la ligne de partage de leurs deux eaux sur cinquante mètres. À
droite c’est brun opaque. À gauche, on voit les poissons et les galets qui tapissent le fond. À Limeuil il y a aussi encore beaucoup d’Anglais. Il faut croire qu’ils ont du Périgord une nostalgie congénitale. Au début c’était plutôt mignon, ces ravis d’outre-Manche qui avaient tout plaqué pour vivre dans des cabanes au fond des bois... Maintenant c’est l’invasion des cadres en retraite.

À Trémolat la Dordogne fait une boucle presque parfaite. À Trémolat il n’y a rien à voir sinon la Dordogne qui tourne en rond, depuis le haut de la falaise. C’est à peine magnifique.

À Lalinde des rochers sournois émergent au « Saut de la Gratusse », du nom de la chose très féroce qui dévorait les mauvais bateleurs, autrefois. On dit que ces rochers sont l’épine dorsale de la bête. Au VIème siècle, l’Évêque Saint Front est venu en délivrer les gens d'ici. Il appelé la Gratusse hors de l’eau, et il l’a gentiment priée de se jeter dans le bûcher dressé pour elle… Moralité : soyez poli.

Passé Mouleydier, la Dordogne entame des terrains argileux où elle se calme et reflète idéalement le paysage. Elle rend la ville de Bergerac très ressemblante à sa carte postale... Il y a des accordéonistes qui se mettent à jouer « La Vie en Rose » dès qu’ils voient venir un troupeau d’Anglais en short. C’est pénible.

Puis la Dordogne va grossissant. Elle traverse des cultures industrielles de pommiers. Elle fait presque demi-tour au Fleix. À Sainte-Foy-la-Grande elle sort du Périgord et se borde de pins parasols. Là tout n’est que crimes, suicides, alcoolisme et chômage, et les gens disent entre eux qu’il se passe des choses horribles à Castillon. La Dordogne traverse Castillon où il reste tout de même une ginguette. À Libourne elle serpente une dernière fois et file vers l’Océan. Á Saint-Pardon, aux grandes marées d’
équinoxes, on y voit le mascaret…

Enfin, la Dordogne conflue avec la Garonne et dessine une bouche dont la Bretagne est le nez.

Paréidolie.





  
 




1 commentaire:

  1. Coucou Claire,
    c'est une belle ballade que tu nous proposes au fil de l'eau et du temps. Ah si tu pouvais continuer d'écrire sur la Dordogne ça me fait beaucoup de bien. C'est marrant la Dordogne c'est comme ma chair. Bisous de Mont2Marsan, Laure

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